Gestion Forestière et Changement Climatique: Une nouvelle approche de la stratégie nationale d’atténuation

Secteur: Forêt

Type de projet: Étude

Objectifs: Résumé: "Par cette étude, nous avons tenté de faire état des connaissances sur le puits de carbone que constitue la forêt et la filière-bois, pour proposer et analyser une stratégie visant à optimiser le rôle de la gestion forestière dans l’atténuation du changement climatique à l’horizon 2050. Le rôle climatique de la forêt et de sa gestion touche des champs scientifiques larges et complexes. Sans pouvoir être exhaustive, l’étude bibliographique montre une littérature assez riche et intéressante. Les stratégies actuelles proposées sont parfois contradictoires et de vifs débats ont lieu, en particulier sur les taux de prélèvement et la place accordée à la substitution par le bois des énergies et matériaux non renouvelables.
Cette analyse montre que pour stocker du carbone, on devra (1) préserver et si possible augmenter les stocks aériens et sous-terrain par une sylviculture adaptée, (2) préserver et augmenter les stocks dans les produits-bois, (3) substituer le bois aux matériaux concurrents en limitant les émissions générées par la filière-bois.Nous étudions ensuite la marge maximale d’augmentation des prélèvements. La production nette totale de bois en forêt française est estimée à 120Mm3/an et le taux de prélèvement total à 50%. Compte-tenu des limites physiques et des verrous fonciers et sociaux, la surface maximale pouvant faire l’objet de prélèvements est évaluée à 78% de la forêt française soit 12,6 Mha. En prélevant en tout 95Mm3 par an, on récolterait toute la production nette sur cette surface. Ce potentiel maximal de prélèvements ne pourrait être atteint qu’après des efforts conséquents d’équipement et de regroupement foncier, il suppose une mortalité constante et implique une exploitation quasi-totale des branches et des arbres morts, qui ne serait pas sans conséquences pour la biodiversité et la fertilité des sols. Cette hypothèse est approfondie dans le rapport.
Pour construire une stratégie d’atténuation et en étudier les effets potentiels, nous identifions d’abord trois situations de gestion type en France métropolitaine (libre évolution, impasses, sylviculture continue). La sylviculture continue est définie précisément, de même que les situations d’impasse qui nécessitent un reboisement par plantation avec changement d’essences. Un niveau de volume sur pied optimal (à l’équilibre) est estimé. Ensuite trois scénarios de prélèvement sont définis à partir d’objectifs très différents (priorité filière, priorité écosystème, compromis), ceci en surface constante (16 Mha) et dans deux scénarios d’évolution de la mortalité annuelle que l’on peut relier aux perspectives climatiques optimistes et pessimistes du GIEC. Dans ces scénarios, la surface non gérée concerne 35% de la forêt en 2020 et 25% en 2050 dont 10% en libre évolution sous statut légal, tandis que la surface en impasse (à raser/replanter) représente 3% de la forêt française en 2020 et 4 à 7% en 2050 selon le niveau de mortalité, le reste étant géré en sylviculture continue. Les taux de récolte de branches et du bois mort varient de 10% (priorité écosystème) à 75% (priorité filière).
Les trois scénarios étudiés mènent en 2050 à des récoltes totales allant de 30 à 95Mm3/an, résultant d’évolutions contrastées des taux de prélèvement tige, branches et bois mort. A l’évidence, le scénario «extensif» optimise l’évolution des stocks dans ’écosystème, tandis que le scénario «intensif» optimise l’évolution des stocks dans les produits-bois. Toutefois, à partir d’un même état initial, le stock total (écosystème + produits) en 2050 est d’autant plus fort que le prélèvement est bas. Le puits annuel de carbone diminue continuellement dans le scénario d’augmentation des prélèvements, tandis qu’il monte avec le scénario de faibles prélèvements. Même en considérant les effets de substitution, le scénario de prélèvement intensif ne donne pas d'avantage climatique. Ces fortes variations de stock auront des conséquences sur la biodiversité, mais aussi sur la fertilité des sols et l’état sanitaire des arbres, donc sur la capacité des écosystèmes à continuer de produire du bois sans devenir dépendants d’intrants coûteux et énergivores.
Au-delà des questions de durabilité écologique, augmenter les prélèvements jusque 95Mm3/an en 2050 imposerait des mesures autoritaires de mobilisation des surfaces et des volumes sur pied. Inversement, baisser les prélèvements comme dans le scénario extensif pourrait créer une crise d’approvisionnement dans la filière-bois, accentuant les fermetures de scieries, les problèmes d’emploi en zone rurale et entrainant la hausse des imports. Le scénario de maintien des prélèvements actuels parait donc un compromis intéressant, pour autant que les prélèvements soient mieux répartis qu’aujourd’hui.
Nous proposons d’approfondir une stratégie d’atténuation, fondée sur (1) le choix explicite de maintenir durablement 25% de la surfac forestière en libre évolution; (2) le maintien jusque 2050 d’un prélèvement de 60Mm3/an avec augmentation des surfaces gérées pour mieux répartir ce prélèvement dans l’espace, atteindre un capital d’équilibre et diminuer le taux de prélèvement des branches et du bois mort; (3) la pratique d’une sylviculture à couvert continu avec des termes d’exploitabilité élevés, combinée dans les surfaces en impasse, à la futaie régulière par petits parquets plantés d’essences diversifiées après un travail du sol minimal.
En proposant une hausse des prélèvements jusque 95Mm3 d’ici 2050, les stratégies nationales actuelles (SNBC, PNFB, Afterre) ne détaillent pas l’effet de ce choix sur les stress subis par les arbres, les stocks de biomasse dans l’écosystème, la fertilité du sol sous l’effet du prélèvement des branches, la biodiversité sous l’effet du prélèvement des bois morts et de la raréfaction des gros et très gros bois, les conflits d’usage. Une telle optique peut mener à une déstabilisation des écosystèmes imposant progressivement la pratique des cycles courts et le renouvellement par plantation.
Toute stratégie à l’échelle nationale devrait être confrontée aux stratégies construites à l’échelle régionale avec les acteurs locaux, afin de tester son réalisme et d’imaginer plus concrètement la distribution des prélèvements dans l’espace. La littérature, les scénarios développés et l’outil de calcul de cette étude pourrait permettre un dialogue à partir de simulations régionales.
Le sujet traité est très complexe et notre étude n’a pas vocation à répondre aux interrogations fortes que pose aujourd’hui l’évolution climatique et le rôle à jouer par la forêt et les produits bois. Elle apporte cependant un regard nouveau sur le sujet, partage les savoirs et ouvre la discussion à un public large, afin que l’avenir de la forêt française ne soit pas décidé par les seuls experts et politiques dont la parole est jugée recevable"

Porteur: Association Canopée







Site internet: https://www.canopee-asso.org

Date : 01/01/2019 - =   Achevé

Résultats: Conclusion:" Par cette étude, nous avons tenté de faire état des connaissances sur le puits de carbone que constitue la forêt et la filière-bois, pour proposer une stratégie visant à optimiser le rôle de la gestion forestière dans l’atténuation du changement climatique à l’horizon 2050.Pour décliner concrètement cette stratégie et en étudier les effets potentiels, nous avons d’abord identifié trois situations de gestion type en France métropolitaine (libre évolution, impasses, sylviculture continue). Les surfaces où une sylviculture à couvert continu ne peut être appliquée à court terme (impasses) ont fait l’objet d’un plan de reboisement définissant les essences utilisées et leurs proportions. Ensuite trois scénarios de prélèvement sont définis à partir d’objectifs très différents (priorité filière, priorité écosystème, compromis), en surface constante (16 Mha) et dans deux scénarios d’évolution de la mortalité annuelle, que l’on peut relier à des perspectives climatiques optimistes (RCP 2.6) et pessimistes (RCP 8.5). L’étude veille à la cohérence interne de chaque scénario, limite les variations des paramètres fondamentaux non étudiés (itinéraires par situation de gestion, valorisation des bois) et évite les jugements sur le comportement et les qualités des gestionnaires forestiers mettant en place les scénarios, ce qui peut être une originalité au regard d’autres études fouillées et aujourd’hui influentes (Roux etal., 2017). En revanche, la méthodologie choisie montre aussi des limites, que nous détaillons au fil du texte. Les scénarios étudiés mènent à des récoltes annuelles totales en 2050 allant de 30 à 95Mm3, résultant d’évolutions contrastées du taux de prélèvement bois fort tige, mais aussi des taux de prélèvement des branches et des arbres morts naturellement. La situation de libre évolution montre le meilleur potentiel d’atténuation entre 2020 et 2050, y compris en considérant les stocks de produits. Le scénario «extensif» optimise l’évolution des stocks dans l’écosystème, tandis que le scénario «intensif» optimise l’évolution des stocks dans les produits-bois ; toutefois à partir d’un état initial égal (2020), le stock total (écosystème + produits) en 2050 est d’autant plus fort que le prélèvement est bas. Le puits (flux annuel) diminue continuellement dans le scénario d’augmentation des prélèvements, tandis qu’il remonte avec le scénario de faibles prélèvements. En 2050, le puits total moyen par hectare du scénario intensif est presque la moitié du puits moyen des surfaces en libre évolution. Intégrer les effets de substitution ne rend pas le scénario intensif plus intéressant pour le climat. Au vu des connaissances actuelles, ces variations de stock auront très probablement des conséquences sur la biodiversité, mais aussi sur fertilité des sols et donc la capacité des écosystèmes à continuer de produire du bois sans devenir dépendants d’intrants coûteux en énergies et probablement polluants. A long terme, main tenir un prélèvement de 95 Mm3/an entrainerait une baisse progressive des volumes sur pied, ce qui réduirait significativement le puits de carbone, augmenterait la vulnérabilité des peuplements face aux aléas climatiques et affecterait les capacités de régénération naturelle des forêts. Il est probable qu’ainsi il entraine une hausse de la part de forêts en impasse, donc favorise la forêt de plantation et la futaie régulière. Au-delà des questions de durabilité écologique, augmenter rapidement les prélèvements comme dans notre scénario R95 imposerait des mesures autoritaires de mobilisation des surfaces gérées et des volumes sur pied. Inversement, baisser les prélèvements comme dans le scénario Ecos pourrait créer une crise d’approvisionnement dans la filière-bois, accentuant les fermetures de scieries, les problèmes d’emploi en zone rurale et entrainant la hausse des imports. Le scénario de maintien des prélèvements actuels parait un compromis intéressant, pour autant qu’ils soient progressivement mieux répartis qu’aujourd’hui. GESTION FORESTIÈRE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE, Ainsi, nous proposons d’approfondir une stratégie d’atténuation fondée sur (1) le choix explicite de maintenir 25% de la surface forestière en libre évolution dont 10% sous statut légal strict ; (2) le maintien jusque 2050 d’un prélèvement de 60 Mm3 /an avec augmentation des surfaces gérées jusque 75% pour mieux répartir ce prélèvement total dans l’espace, atteindre un capital d’équilibre et diminuer le taux de prélèvement des branches et du bois mort. Il ne faut pas oublier que ces scénarios sont établis à l’échelle nationale, tandis que dans un cadre stratégique et légal défini, la gestion forestière se planifie plutôt à l’échelle régionale et les décisions techniques se prennent à l’échelle locale. L’évolution de nos forêts sera ainsi le résultat de l’addition de micro-décisions portées par les propriétaires et leurs partenaires techniques, sous le regard de la société civile. Cette dernière est susceptible de demander la révision des politiques publiques à une échelle locale comme nationale, mais aussi d’appuyer et de soutenir les propriétaires et leurs partenaires dans leur évolution vers des pratiques vertueuses. Au-delà de la responsabilité portée par l’Etat sur la définition de politiques nationales, chacun participera donc à l’orientation concrète de la gestion. Cette co-responsabilité de tous rejoint celle qui a mené nos forêts dans leur état actuel, mais aussi celle qui mène le climat vers des évolutions préoccupantes, que la forêt ne pourra contenir à elle seule. Le sujet traité est très complexe et notre étude est loin de le traiter de manière exhaustive et définitive. Elle n’a pas vocation à répondre aux interrogations fortes que pose aujourd’hui l’évolution climatique, le rôle à jouer par la forêt et les produits bois, les conflits croissants entre fonctions des forêts dans l’espace métropolitain. Son rôle essentiel est de démystifier, en partie du moins, les connaissances et calculs nécessaires pour comprendre et simuler l’évolution des stocks et des puits de carbone sous différents scénarios de gestion. En veillant à être rigoureux et transparents, nous avons construit un outil de réflexion et de dialogue évolutif, ouvert et sans tabous, qui nous l’espérons, aidera à concevoir ensemble une gestion réellement multifonctionnelle de la forêt française entre 2020 et 2050"

Périmètre territorial: France

  • Télécharger en PDF


  • shares